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Philippe Besson
Ecrivain, critique littéraire et animateur

Un comédien fadasse est relooké en vampire et c’est le nouveau James Dean

Avant, nous avions des stars éternelles. Désormais, nous avons des célébrités éphémères. Question d’époque.

Car, au fond, c’est quoi, une star ? Pour faire simple : une personnalité nimbée de mystère, inaccessible, durable, dont le talent semble indiscutable.

Or à quoi assiste-t-on depuis quelques années ? Avec Internet, l’intimité est dévoilée partout, tout le temps. A chaque minute, une nouvelle image, volée ou consentie, une nouvelle déclaration, idiote ou creuse, une façon (souvent obscène, en tout cas indécente) de s’offrir, de se démultiplier, de ne rien garder par devers soi, comme si on « devait » quelque chose au public, ou comme si on ne pouvait s’opposer à l’inquisition des nouveaux média, ou comme si ne plus apparaître c’était disparaître.
Du coup, la personne connue devient « la girl next door », le bon pote, le type d’à côté, le familier, le proche. Alors que la star, par essence, par définition, est lointaine, inatteignable, vit dans une tour d’ivoire, dans un lieu tenu secret, réputé inviolable, objet de tous les fantasmes. Elle n’est pas au supermarché en train de faire ses courses, pas à Disneyland, pas sur une plage publique.

Internet, c’est aussi la vitesse, l’urgence, l’immédiatement consommé, l’immédiatement digéré. La chanteuse qu’on adorait l’an dernier, on peine à se rappeler son nom ce matin. Le comédien à propos duquel on criait au génie il y a cinq ans est annoncé en guest dans une série télé avec l’espoir d’y relancer sa carrière. Tout passe, tout lasse. Or la star a besoin de durée pour accéder à un tel statut, pour le préserver.

Enfin, il y a le talent. Et même un peu plus que cela. Ce don qui met à part des autres, au-dessus des autres. On constate que c’est devenu une donnée très relative : une grosse dame laide avec un joli filet de voix surgit dans un télé crochet et elle est portée aux nues du jour au lendemain, un adolescent prépubère a un déhanché suggestif et il est propulsé au rang de star planétaire, un comédien fadasse est relooké en vampire et c’est le nouveau James Dean. On sait où mènent ces outrances : nulle part. Ceux qui restent, ceux devant qui on s’incline, possèdent (possédaient ?) autre chose, qu’on sait à peine qualifier, décrire, et même parfois comprendre. Alors résignons-nous à voir passer quelques météorites et à nous souvenir des étoiles.

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Directeur éditorial de Newsring

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