Quentin Tarantino nous avait habitués à des films bourrés de citations, qui jouaient sur les clins d'oeil et la connivence entre lui et ses spectateurs. Par exemple Kill Bill était un "concentré" ou un "précipité" de cinéma populaire, ce cinéma que Tarantino absorbe à hautes doses depuis son adolescence, films d'arts martiaux, westerns italiens, séries télé, BD etc. Mais depuis Inglourious basterds, où le nazisme était incarné par un Christoph Waltz pervers, puni de façon éclatante par une bande de mercenaires sans états d’âme, le cinéaste s'est impliqué à fond dans la défense des peuples martyrs. Il brosse cette fois le tableau sans concessions de l'Amérique raciste, et, comme dans Inglourious basterds, met en accusation l’arrogance et la cruauté des bourreaux contre un peuple sans défense.
Du coup, ce film me semble le meilleur qu'il ait jamais réalisé. Car la forme choisie lui permet de dire des choses très fines. Il analyse par exemple à travers le personnage de l'intendant l'intériorisation par les noirs de leur propre esclavage, qui en fait les meilleurs auxiliaires possibles de la violence des blancs. Ce motif rappelle l’instrumentalisation nazie des « kapos » et en rejoint un autre, commun aux deux films, celui du racisme « scientifique », fondé sur la phrénologie et les mesures du cerveau. Son talent est de savoir parfaitement concilier une implication sincère et totale dans la dénonciation et un travail de mise en scène qui la met à distance de toutes les façons possibles.
A la fois nouveau Prométhée, enchaîné sur son rocher où un vautour lui dévore le foie, image symbolique de l’esclavage, nouveau Siegfried à la recherche de sa Brunehilde ou Lucky Luke triomphant, Django fait appel aux images mythiques les plus variées.
Surtout, le film se veut un hommage au grand western italien de Sergio Leone et de ses satellites comme Sergio Corbucci, qui ont traité avant lui les thèmes des chasseurs de prime, du racisme et du Ku Klux Klan. S’affichant comme ultime « sequel », le film joue sur la ressemblance et la reprise des motifs inter ou intra textuels : Schultz met au point un plan quasi scientifique comme celui de Mathematicus, le premier Django, dont toute la stratégie est lisible sur le cadran d'une montre; le motif de la hache dansDjango tire le premier d'Alberto di Martino (1966) a inspiré la séquence d'anthologie qui ouvre Inglourious Basterds; Leonardo di Caprio ressemble beaucoup à Glenn Saxson, qui joue le rôle du fils de Django dans le même film. Django unchained, tissu de références, pur régal de cinéphiles, à la fois western, film de Sécession, chasse à la prime, film gore, dessin animé et série télé, montre que l'humour n'est pas incompatible avec un engagement réel et entier, dans la ligne de Lubitsch et de Mel Brooks. Au lieu d'être un simple divertissement, ce film où la violence devient morale produit sur le spectateur un effet jubilatoire par son mélange détonant de militantisme et de parodie.