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Bernard Desclaux  

Repérage des sous-entendus de la question

Cette question est apparemment simple. Elle semble attendre une réponse simple. Et comme toujours avant de répondre, il est préférable de faire un petit repérage des présupposés de la question. Et la complexité me fait pencher pour la réponse « non ».

  • Chacun est en position de pouvoir choisir ou ne pas choisir son métier 
  • Ce qui serait premier à choisir c’est le métier, et non l’emploi
  • Il existerait un marché de l’emploi connaissable et connu de tous

Chacun est en position de pouvoir choisir ou ne pas choisir son métier
Vous êtes sûr de cela ? Chaque individu est bien maitre de ce qu’il veut faire ? Sommes-nous dans une société où tous les individus sont tout puissants vis-à-vis d’eux-mêmes ? Faut-il répondre vraiment à ces questions ? Cette maitrise de soi, si elle existe (et jusqu’à quelle point ?) ne doit pas être répartie d’une manière équivalente mais sans doute dépendre au moins à la fois de la position sociale et de son histoire, de son éducation. Rajoutons la théorie des modèles de personnalité, les dépendants et les indépendants du champ, et autres manières de dire que les structures psychiques ne sont pas les mêmes et qu’elles structurent ce que font et pensent les hommes.

Ce qui serait premier à choisir c’est le métier, et non l’emploi
Sans doute que le métier serait plus noble que l’emploi. On retrouve là l’ancienne distinction entre les gens de métier et les salariés. Le métier fonde l’indépendance du travailleur, non seulement il le définit en dehors de l’emploi qu’il occupe, mais il lui donne une certaine autonomie dans l’employabilité dirait-on aujourd’hui. Au début du XXème siècle mon grand-père disait merde à son patron parce qu’il avait un des tous premiers CAP, et le jour même il était réembauché ailleurs, ce que le simple salarié (il ne vend que sa force de travail et non sa qualification) ne peut faire.

Aujourd’hui, beaucoup d’emplois requièrent de fortes compétences sans qu’il existe un métier correspondant. Et d’une certaine manière on peut dire que le métier restreint le champ de l’employabilité. Si je ne cherche qu’un emploi correspondant à mon métier, je risque fort de trouver peu de choses. Il y a fort longtemps que la notion de compétences transférables a été utilisé dans l’aide à la recherche d’un emploi.

Il existerait un marché de l’emploi connaissable et connu de tous
Le marché de l’emploi est sans doute une notion facile à manipuler mais difficile à cerner. Quelle est sa définition, sa délimitation, géographique, temporelle... ? 

Mon insertion, si tout va bien, se fera dans le mois qui vient, dans deux ans, dans cinq, dans plus ? L’élève de troisième se projette à quelle horizon ? Sans doute que celui qui se trouve orienter vers une voie professionnelle et celui qui se voit autoriser à s’engager dans les études générales, n’ont pas un même horizon temporel !

Quelle mobilité géographique je me donne, pas seulement pour l’emploi d’ailleurs, mais aussi pour le lieu de formation ? Et ce n’est pas seulement du côté de la personne que cela se pose, il y a le groupe social (famille, copains…) qui soutient ou non cette autorisation. Et la répartition géographique n’est sans nulle doute pas la même si on se situe en région parisienne ou dans la Corrèze.

Pour une réponse plus complète à cette question je renvoi au dossier d'actualité Veille et Analyses de Laure Endrizzi: La relation école-emploi bousculée par l'orientation, n° 47, septembre 2009.

J’avais écrit un commentaire à ce texte sur mon blog : « La relation école-emploi bousculée par l’orientation », quelques remarques

Mon dernier billet"Trop jeune pour s’orienter ! Mais où ?

Je reprendrais d’ici quelques jours le contenu de cette réponse dans un billet sur mon blog chez Educpros.

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  • François Duport Oui Suivre
    François Duport

    18 janvier 2012, 18:53

    Bonjour,
    J'hésite entre 'd'accord' et 'pas d'accord' en fonction des points mentionnés.
    Ce qui me semble le plus pertinent de cette analyse, et qui, je le crains , ne serait relevé par personne (ou presque), c'est:
    "Au début du XXème siècle mon grand-père disait merde à son patron parce qu’il avait un des tous premiers CAP, et le jour même il était réembauché ailleurs, ce que le simple salarié (il ne vend que sa force de travail et non sa qualification) ne peut faire."
    Rien n'empêche de créer les conditions pour cela redevienne possible, par exemple, par la création d'un revenu minimal de dignité garanti à tous du premier jour des 18 ans (la majorité) au décès du titulaire, et indexé sur l'inflation pour lui conserver son pouvoir d'achat. Comme l'argent ne tombe pas du ciel, on peut demander en contrepartie à tous ceux qui sont en âge et en capacité de travailler et seraient privés d'emploi 'normal' quel qu'en soit le motif une compensation en travail d'intérêt public (rien à voir avec les prisonniers) pour la totalité ou une fraction seulement du temps de travail ordinaire.

    D'autre aménagement s'imposent mais la place manque...dommage.

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  • Bernard Desclaux Non Suivre
    Bernard Desclaux  

    19 janvier 2012, 18:33

    Merci pour ce commentaire, monsieur François Duport.

    Votre proposition est en effet intéressante, mais je pense pas qu'elle permette de "recréer" les conditions, et surtout la situation du début du XXème siècle que j'évoque rapidement.
    D'autre part je ne perçois pas le rapport entre votre proposition et la question posée.

    Je viens de reprendre la matière de ma réponse dans un nouveau post sur mon blog sur Educprso : http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2012/01/19/faut-il-choisir-son-metier-en-fonction-du-marche-de-lemploi/

    Bernard Desclaux

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