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Julien Bayou Suivre
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Julien Bayou  
Conseiller régional Europe-Ecologie Les Verts

La solution serait d'envisager ses études comme une formation à l’employabilité en général

Il y a un vrai problème d’information sur l’orientation en France et au niveau des passerelles existantes entre les différentes filières. Mais il y a aussi un problème d’information sur les débouchés. De nouveaux emplois se créent sans arrêt, j’ai pu par exemple exercer des métiers différents qui n’existaient pas du temps où mes parents sont entrés sur le marché du travail.

Les parents sont donc aujourd’hui démunis pour aider les enfants à choisir et on demande beaucoup trop tôt aux lycéens ou aux étudiants de se spécialiser. En fait, tout le problème est dans la spécialisation. On confond allégrement tout le temps professionnalisation, c’est-à-dire le fait de petit à petit se familiariser avec le monde du travail, avec la spécialisation.

C’est comme ça qu’il y a des masters ou des licences professionnelles extrêmement pointus, par exemple, « écrivain public numérique » mais ça ne correspond absolument pas à des débouchés, pareil pour les licences pro de « marketing de parfumerie de luxe ». En tout, il y en 3-4-5 en France et il n’y a pas plus de 20 postes offerts chaque année par le marché du travail.

Ces licences et master dits « pros » offrent peu de débouchés mais des stages mal encadrés peu rémunérés. Il y a du travail, mais il n’est pas payé. C’est ce travers qui fait que des masters se créent sans aucun débouché en partie à cause des stages ou de tous les contrats au rabais et de la situation générale du marché de l’emploi. Il faut encadrer ces pratiques pour éviter de vendre du rêve aux étudiants. La solution serait non pas de choisir en fonction du marché de l’emploi ou de se former de manière hyperspécialisée au premier emploi mais de choisir des études qui permettent d’envisager sa formation comme une formation à l’employabilité en général.

J’ai 31 ans et depuis que j’ai terminé mes études à 24 ans, j’ai dû faire une demi-
douzaine de boulots et j’ai eu autour de 6 statuts différents (CDD, CDI, vacataire, chômeur, gérant, etc.). S’hyperspécialiser en se disant que c’est le meilleur moyen pour entrer sur le marché du travail, c’est au contraire le moyen de se fermer des portes.

La jeunesse en particulier ne doit pas se brader, accepter n’importe quoi en vue de rester en phase avec le secteur. Penser « que tout le monde se connait et qu’on entre dans un réseau » est souvent une grosse erreur. Il faut des fois accepter des boulots en dehors des secteurs que l’on vise car c’est le meilleur moyen d’y entrer par la suite : c’est idiot mais pour trouver un emploi, il vaut mieux en avoir déjà un. Il faut faire attention à l’hyperspécialisation, ça dépend évidemment de chaque tempérament, mais moi qui n’est pas une vision très claire de ce que je veux faire dans les 5 prochaines années et qui il y a 5 ans n’aurait pas pu imaginer ce que je fais actuellement, ça aurait été une erreur de m’hyperspécialiser. Je voulais au départ travailler dans les ONG, en solidarité internationale, j’y ai bossé pendant 4 ans et ensuite, j’ai eu envie de passer à autre chose...

Il y a un déficit d’orientation et de formation continue, c’est compliqué malheureusement de se reformer et de passer à autre chose, ça incite donc à faire attention à l’hyperspécialisation dans la formation initiale. Le marché de l’emploi est tellement oppressant qu’avoir les yeux rivés sur celui-ci pour envisager ses études, c’est dangereux. Evidemment, si vous voulez faire mineur dans les mines de charbons, il vaut mieux être au courant que c’est fini ou que le nucléaire est en voie de disparition, il faut mieux le savoir mais gardons à l’esprit également que les études sont faites pour s’épanouir, pour se construire personnellement, avoir les yeux rivés sur le marché de l’emploi est donc une mauvaise option.

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  • Bernard Desclaux Non Suivre
    Bernard Desclaux  

    20 janvier 2012, 15:12

    Excellente contribution avec laquelle je suis parfaitement d'accord.
    Si l'on prend les choses du côté du monde des activités professionnelles, on voit bien qu'il y a de moins en moins de métiers (ce qui suppose une permanence, une définition hors de l'entreprise, un système de protection pour l'exercer, etc), et de plus en plus d'activités professionnelles (réclamant des compétences) définies localement.
    Mais continuer à parler métier permet de poursuivre le mythe du contrôle de sa vie, de pouvoir la prédéfinir, etc...

    Bernard Desclaux

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    22 janvier 2012, 17:10

    Mon vécu personnel est très différent. Je suis ingénieur, j'ai 34 ans, et, sans vouloir généraliser mon cas, ce que je ressens plutot est que l'hyper-spécialisation est une chose qui vous mange, que cela vous plaise ou non, que vos études soient spécialisées ou généralistes. Le marché de l'emploi est souvent concurrentiel. A chaque candidature à un poste, vous êtes alors en permanence en concurrence avec des gens spécialisés qui connaissent bien le métier, et l'employeur en général n'a que faire de vos facultés d'adaptation toutes théoriques. Par la force des choses, l'expérience pèse lourd dans les métiers techniques, la reconversion est alors une gageure. Les recruteurs pour se rassurer, car un recrutement est un risque, préfèrent les candidats qui seront opérationnels immédiatement. Que votre école soit généraliste ne change pas le résultat: les premières expériences professionnelles vous prennent irrémédiablement dans l'engrenage de la spécialisation.

    Je ne prétends pas que tout cela soit idéal, mais autant je suis persuadé que l'école en général sert à devenir citoyen et non seulement à apprendre un métier, autant les dernières années des études supérieures sont cruciales pour convaincre un employeur de vous embaucher

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