On tape, et on balance. Et on s’en balance. Et puis, au pire, tant pis, on corrigera - ou pas - au rythme où va l'info, qui se soucie encore des errata quand les feux de la rampe sont déjà sur une autre pente ? L'émergence des nouveaux médias, ou disons, des nouveaux
canaux d'information offre une liberté extraordinaire. Les réseaux sociaux
comme twitter, facebook, permettent de "vivre" l'actualité, et tout
type d'information sans aucun garde-fous. Libre. C'est assez grisant. Et glissant,
pour les journalistes soucieux de tenir le rythme plus que le ton... Il y a les petites erreurs, les choses que
l'on répète sans les avoir réellement vérifiées, ces « lieux communs »
que l’on ne revisite même plus, ces
copier-coller sans âme, ces re-écritures à la sauce colorée ou glacée du canard
… On ronronne dans son petit carré. La liberté ? Pour quoi ? Pour mettre les doigts sur quoi ? Ou pour oublier de rester pointilleux ?
On a pu ainsi voir aux Etats-Unis, le cas surréaliste d'un
jeune homme paniqué, clamant sur Facebook son innocence dans l'affreuse tuerie
de Sandy Hook, alors que des médias "payés" pour être des
journalistes et non des blogueurs, lâchaient sur des canaux "respectés"
le nom du frère aîné de l’auteur du massacre, en pâture. En quelques heures, on
a ainsi eu un débat sur le danger des jeux vidéos (la page FB du frère envoyait
sur un jeu où les gens se lâchaient tellement que depuis, je suis pour les jeux
vidéos, vu le nombre de névrosés en manque de défouloir), puis quand on a
compris que c'était le jeune frère, tout le monde est devenu spécialiste du
syndrome d'Asperger, mais bien sûr - et encore aujourd'hui - personne, vraiment
ne se demande pourquoi une mère d'un enfant "explosif" gardait un
arsenal à la maison... On a donc là, le cas d'un pays où la liberté de la
presse est à son plus haut "niveau" et question qualité de
l'information, ouverture vers d’autres « champs du possible » c’est
le mur. La page blanche. Néant. Et pire,
c'est carrément effrayant comme la peur de ne pas être " à l'heure"
d'un tweet a remplacé le souci d'exactitude. Tout le monde dit exactement la
même chose en gros. L'esprit critique est mort, le vrai travail journalistique
qui n'est pas seulement de signer une "resucée" ornée de 2-3 petites
touches perso est absent. Ceux qui parient sur dire tout et n’importe quoi,
magie des probabilités, ont plus de scoop, de trucs rigolos qui détonnent, font
le client, aussi. Mc Do pour tous, et
puis voilà. Ne pas se démarquer, surtout. Ne pas contrarier les annonceurs ... La liberté ?
Alors moi, pardon, mais ce que je trouve indéfendable, impardonnable, c’est tous ces signes
flagrants de la violation de La Charte de Munich (ou Déclaration des devoirs et
des droits des journalistes) prouvant, à quel point la plus grande liberté que
les journalistes prennent, c’est d’oublier ce serment de déontologie.
Le problème c’est que défendre l’indéfendable cela se passe
tous les jours sans que personne ne s’en soucie vu que personne ne cherche au
fond à trier, vraiment, à comprendre ce qui est défendable et ce qui ne l’est
pas. Vu que tout le monde ne fait que répéter quelques poncifs sans prendre le
temps, même, de se respecter un peu, soi-même aussi, en tant que journaliste
ayant, qui sait, un jour, prêté ce serment de tout son cœur.
« Cette déclaration a été rédigée et approuvée à Munich, les 24 et 25
novembre 1971. Elle a été adoptée depuis par la Fédération internationale des
journalistes (FIJ), par l'Organisation internationale des journalistes (OIJ),
et par la plupart des syndicats de journalistes d'Europe. » On y parle de responsabilité du journaliste,
de limites, de dignité. Plus que de liberté de dire
tout et n’importe quoi. Ou n’être qu’une caisse de résonnance de propagande
installée ou en devenir.
Les dix devoirs d’un journaliste
1. Respecter la vérité, quelles qu'en puissent être les
conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de
connaître la vérité.
2. Défendre la liberté de l'information, du commentaire et
de la critique.
3. Publier seulement les informations dont l'origine est
connue ou dans le cas contraire les accompagner des réserves nécessaires; ne pas supprimer
les informations essentielles et ne pas altérer les textes et documents.
4. Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des
informations, des photographies et des documents.
5. S'obliger à respecter la vie privée des personnes.
6. Rectifier toute information publiée qui se révèle
inexacte.
7. Garder le secret professionnel et ne pas divulguer la
source des informations obtenues confidentiellement.
8. S'interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation et
les accusations sans fondement, ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la
publication ou de la suppression d'une information.
9. Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui
du publicitaire ou du propagandiste; n'accepter aucune consigne, directe ou
indirecte, des annonceurs.
10. Refuser toute pression et n'accepter de directive
rédactionnelle que des responsables de la rédaction.
Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir
d'observer strictement les principes énoncés ci-dessus. Reconnaissant le droit
en vigueur dans chaque pays, le journaliste n'accepte en matière d'honneur
professionnel que la juridiction de ses pairs, à l'exclusion de toute ingérence
gouvernementale ou autre.
Déclaration des droits
1. Les journalistes revendiquent le libre accès à toutes les
sources d'information et le droit d'enquêter librement sur tous les faits qui
conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut en ce cas être
opposé au journaliste que par exception et en vertu de motifs clairement exprimés.
2. Le journaliste a le droit de refuser toute subordination
qui serait contraire à la ligne générale de l'organe d'information auquel il collabore,
telle qu'elle est déterminée par écrit dans son contrat d'engagement, de même que toute
subordination qui ne serait pas clairement impliquée par cette ligne générale.
3. Le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte
professionnel ou à exprimer une opinion qui serait contraire à sa conviction ou à sa
conscience.
4. L'équipe rédactionnelle doit être obligatoirement
informée de toute décision importante de nature à affecter la vie de l'entreprise. Elle
doit être au moins consultée, avant toute décision définitive, sur toute mesure
intéressant la composition de la rédaction : embauche, licenciement, mutation et promotion
des journalistes.
5. En considération de sa fonction et de ses
responsabilités, le journaliste a droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais
aussi à un contrat personnel assurant la sécurité matérielle et morale de son travail
ainsi qu'à une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien, et suffisante
pour garantir son indépendance économique.
Source : http://www.journalistes-cfdt.fr/charte-1918/la-charte-de-munich.html
Que voulez-vous de plus ? Il est question d’éthique tout simplement. De logique. De bon sens. Et personne n’a le droit de prendre des
libertés sur des principes simples d’éthiques.
Ou bien ?