Évidemment, je suis très mal placé pour parler de l'avenir de la
presse sur Internet. Je ne suis qu'un blogueur ciné. J'écris des actus
bien tranquillement assis dans mon fauteuil, depuis mon bureau, en
relayant des choses vues ici et là sur d'autres sites, américains pour
la plupart, sur mon propre site, qui n'affiche aucune pub. J'y ajoute ma
sauce bien évidemment, mais au final, je ne suis qu'un blogueur ciné,
je n'ai pas de carte de presse. Et pourtant, ce genre d'articles est ce
que l'on retrouve systématiquement sur tous les sites d'infos ciné
professionnels. Aucune analyse, aucune plus-value journalistique. Il n'y
a qu'à faire sa revue de presse sur les sites ciné le matin pour voir
ce qui arrivera sur les sites ciné français dans la journée.
Je vais prendre
quelques exemples pour bien me faire comprendre, avec notamment le site
Première. Son apport journalistique récent, c'est un diaporama de photos
des meilleures robes à la cérémonie des Golden Globes, avec une pub
vidéo obligatoire de 15 secondes avant la première diapo et une pub à
l'intérieur entre deux diapos. J'aurais pu faire le même article, sans
pub, sur mon blog. Avant ça, c'était le fameux diaporama des meilleures scènes de sexe de 2012 . Avec ce genre de contenu, pas de soucis, les clics viendront, les affichages de pubs aussi, la monnaie rentre, un peu. La plus-value journalistique dans ça ? Aucune.
Le temps de recherche ? Minimum, tout comme la rentabilisation de cette
carte de presse si chèrement acquise (si tant est qu'ils en ont).
Je
parle de Première mais il y en a tellement d'autres. Tout n'est plus
que pre-roll, pavé pub aussi intrusif que possible. La place des pubs
est étudiée dès la conception du site. Le recours aux régies pubs est
une solution de facilité parce qu'on n'a pas envie de se creuser la tête
à trouver autre chose. On sait qu'on ne gagnera pas d'argent sur
Internet, mais grappillons ce que l'on peut tant qu'on le peut. A
l'instar des parents qui envoient leur gamines dans des concours de
mini-miss, les sites gratuits de presse (ciné) se maquillent de pubs
hideuses seulement pour toucher quelques euros. Tant pis si
l'utilisateur ne discerne rien sous les pubs qui lui jaillissent à la
figure dès qu'il ose pointer le bout de son clic. Et s'il ose utiliser
un bloqueur de pubs, les images ne s'affichent plus (comme sur le site
des Inrocks). L'expérience utilisateur, on s'en fout. On consulte, on
paye en nature : notre temps, notre espace visuel. Un bien maigre prix à
payer pour "soutenir" ce site qu'on "aime" pensent-ils. Sauf que voilà,
on ne les aime pas, enfin plus trop, pour la simple et bonne raison que
leur info se retrouve sur quinze, vingt sites différents, que leur
patte est inaudible, que l'on voit clair entre les articles-à-clic (beaucoup) et le vrai contenu éditorial (beaucoup moins). Le contenu de ces sites serait-il différent si les pubs n'étaient pas là ? Bien évidemment.
La
presse gratuite (ciné) sur Internet doit soit mettre les voiles et se
concentrer sur le papier, soit assumer qu'elle ne fera jamais de profits
sur ses sites Internet et que mettre des pubs ne sert à rien. Ce sont des poids morts aussi bien
financièrement qu'au point de vue du contenu.
Il
n'y a pas de recette miracle pourtant, il n'y a que des exemples de
persévérance. Et si la solution pour lutter contre la baisse des ventes
de la presse papier, c'était la niche comme le dit Daniel Schneidermann
dans sa tribune sur Libé ? Probablement. Mais sur Internet, des
solutions restent à trouver même si Mediapart ou Arrêt sur images
proposent des choses différentes (et payantes). S'en sortent-ils bien ?
Aucune idée. Ce qui est sûr, c'est qu'à parler de tous les buzz, les
sites de presse ne parlent plus de rien. A côté de ça, on a décidé de ne parler que d'un genre ciné, ou lui que du ciné d'un seul pays.
Sans pub, bien évidemment. Nous ne sommes pas là pour faire du clic.
Nous ne sommes que des blogueurs après tout, le derrière bien calé dans
nos fauteuils.