Si les soldats engagés dans l’intervention militaire au Mali avancent sur le terrain, les journalistes et reporters de guerre
peinent quant à eux à obtenir des images, toujours aussi rares et en grande
partie fournies par l’armée. «L'accès est plus restreint au Mali qu'en
Afghanistan», dénonce Marc Bastian, un reporter de l’AFP, estimant que «là -bas
l'armée française nous laissait accéder aux zones de combat, ici ce sont les
forces spéciales qui avancent, déblayent, identifient les objectifs».
La localité de Gao a été reprise depuis samedi et les forces
armées se dirigent maintenant vers Tombouctou, preuve que le conflit avance
dans la bonne direction. Mais, de la ligne de front, peu d’images voire pas d’images
nous parviennent. «Il y a une volonté des autorités militaires françaises et maliennes
de tenir à distance des zones de combat les journalistes», un scénario
classique, rappelle Ambroise Pierre, responsable Afrique de Reporters Sans
Frontières (RSF). «Dans les conflits armés, garder à distance les journalistes
est plutôt une règle qu'une exception», estime-t-il, or «dans ce conflit», il
lui semble qu’il y a «moins de moins de journalistes embedded (embarqués) que
d'habitude».
Ne pas vouloir qu’il y ait d’images de cette guerre, l’entourage
de Jean-Yves Le Drian s’en défend. «Il y a eu 40 médias et 150 journalistes embedded
depuis dix jours», disent les services du ministre de la Défense arguant que «tous les jours, on envoie
des images photo et vidéo à la presse» même si ce ne sont que «des prises
de vue militaires», cela «fait quarante ans qu'il en est ainsi». Et puis,
problème supplémentaire au Mali -pays francophone- les télévisions françaises
sont diffusées directement dans le pays. «L'armée ne veut pas donner
d'informations qui pourraient renseigner le camp d'en face», fait remarquer
Pierre Grange, grand reporter chez TF1.
Les déplacements de la presse paraissent aussi très
compliqués. «L'armée malienne a mal pris que l'on relaie des témoignages les
accusant d'exactions. Conséquence, elle bloque certains accès et cause des
problèmes aux barrages», relate aussi le journaliste de la première chaîne. A Konna, samedi,
ville récemment reprise aux islamistes, «nous avons été autorisés à entrer
pendant quelques heures pour voir les restes des combats. L'officier nous a dit
que c'était "une visite guidée" et qu'il y avait certaines choses que nous ne
pourrions pas voir», explique pour sa part le journaliste freelance espagnol Jose Navarro.
Raisons de sécurité répondent les autorités sur place. Le Quai d’Orsay aussi demande
aux journalistes de «respecter les consignes de sécurité», s’attirant ainsi les
foudres de Reporters Sans Frontières : «c’est aux journalistes, et non aux
militaires, de déterminer les risques qu'ils sont prêts à prendre».