Pour sa famille, pour ses proches, pour ses défenseurs, pour son comité de soutien, la libération de Florence Cassez est un dénouement heureux. Tous ont vécu un moment émotionnel comme on ne doit pas en vivre souvent dans une vie. Ils ne se posent aucune question et on est en mesure de le comprendre. Il est probable que si c'était ma fille ou ma sœur j'aurais le même comportement. Au vu des images, il semble que tout son entourage se trouvait dans une espèce de communion.
Ceci dit, les médias et les politiques ne devraient pas eux, tomber dans cette communion, ils n'ont rien à y faire. Le fait d'avoir communié avec la famille et les proches montre bien que la société médiatique dans laquelle nous vivons se montre une nouvelle fois incapable de traiter sereinement un sujet aussi délicat. Les médias devraient être au-dessus de cette émotion réservée aux proches. D'une manière générale, ils doivent toujours faire abstraction de ce côté émotionnel, mais on sait que faire pleurer dans les chaumières, c'est une garantie d'audimat.
Ce qui est certain c'est qu'au Mexique Florence Cassez a fait une mauvaise rencontre comme cela arrive parfois. Il y a quand même des gens qui ont témoigné en sa défaveur, qui ont confirmé les faits qui lui sont reprochés et qui, au cours de ces 7 années, ne se sont jamais rétractés dans leurs témoignages. En clair, et contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, le dossier de Florence Cassez n'est pas vide.
Finalement, tant mieux pour ce dénouement heureux. Pour le reste, on ne saura jamais si Florence Cassez a été ou non victime d'une erreur judiciaire. On ne le saura jamais parce qu'elle n'a pas bénéficié d'un procès équitable, parce qu'il y a eu des mensonges et des manipulations. Ce sont donc ces vices de forme qui sont finalement le motif de sa libération et non pas la reconnaissance de sa non implication dans les faits qui lui sont reprochés. Quand elle déclare à la sortie de l'avion "Je crois que j'ai été innocentée", elle en rajoute un peu. Compte tenu des méthodes employées par la justice mexicaine, cette libération paraît néanmoins normale. Mais, hélas, d'autres familles, celles de ces hommes et de ces femmes qui ont été enlevés ne connaîtrons sans doute, comme nous, jamais la vérité, ils ne sauront jamais faute de procès si Florence Cassez était impliquée ou non dans ce trafic. Cette vérité, seule Florence Cassez la connaît. J'espère pour elle qu'elle n'est pour rien dans ce trafic d'êtres humains, j'espère pour elle qu'elle n'était réellement pas au courant des actions de son ami, ce sera plus facile à vivre. Mais enfin à 30 ans, quand on voit défiler autant d'argent, on devrait être suffisamment mature pour être en capacité de se poser des questions sur sa provenance, surtout dans un pays qui en matière de drogue supplante aujourd'hui la Bolivie. Ceci dit, pas besoin d'aller au Mexique, en France dans certains quartiers, on voit des hommes rouler dans des limousines alors qu'officiellement, ils vivent avec le seul RSA et des questions on n'en pose pas, plus, même si elles se posent, on les évite.
Par ailleurs Florence Cassez est arrivée à l'aéroport sur le coup de 14 heures. Elle était attendue par tous les médias, les télévisions se bousculaient, il y avait dans ce comité d'accueil le chef de la diplomatie française Laurent Fabius. Qui parle de cette Française, jeune mariée, emprisonnée lors de son voyage de noces en République Dominicaine pour un soi-disant trafic de drogue ? Qui parle des centaines de nos concitoyens dans cette situation dans le monde ? Mais surtout, qui sait que quelques heures auparavant, la dépouille d'un otage du site gazier en Algérie assassiné lâchement par des islamistes a également atterri dans le même aéroport ? Y avait qui pour accueillir le corps de cet homme ? Peut-être que c'est là qu'aurait dû être présent Laurent Fabius ? De l'audimat, toujours de l'audimat, faire pleurer dans les chaumières. Cette affaire tourne en boucle sur toutes les chaînes d'infos, l'opinion publique subit, l'opinion publique est prise en otage. A la télévision les invités sont le père, la mère, le frère, l'avocat de la nouvelle "héroïne Française".
Il reste à Florence Cassez à écrire son livre " 7 ans dans les geôles mexicaines". Peut-être ajoutera-t-elle "pour rien", peut être pas. La promotion se fera avec des 13 heures et des 20 heures comme hier soir sur TF1. Face à toute cette hystérie médiatique, je veux bien croire qu'elle est innocente. Mais même avec le mot "Fin", il reste toujours un goût d'inachevé.