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Nathalie Walczak  
Doctorante en Sciences de l'information et de la c…

L'oubli numérique à l'aune de l'oubli humain

Lors de nos échanges non-numériquement interfacés, nous ne pouvons pas revenir sur ce qui vient d’être fait ou dit car nous sommes dans une dimension temporelle définie. Nous acceptons que nos actions, nos paroles, nos gestes, construisent notre image et traduisent -ou trahissent- qui nous sommes*. En même temps que la mémoire enregistre un grand nombre de données, l'oubli s'exerce aléatoirement au fil du temps. C'est d'ailleurs une nécessité comme l'illustre Funes, le personnage atteint d'hypermnésie créé par Borges : « Pour penser, il faut généraliser, c'est à dire qu'il faut oublier ».

Avec l’Internet, cette dimension temporelle n'est pas linéaire car les conversations peuvent se croiser, s'interrompre et se reprendre à n'importe quel moment. C'est le problème de l'écriture asyncrone formulé par Jean-Michel Salaün dans le paradoxe de Roger** qui souligne que « le web favorise conjointement deux mouvements opposés : le développement d'échanges spontanés (conversations) et leur fixation sur un support public, pérenne et documenté ». L'oubli ne s'exerce donc pas ici de façon automatisée puisque le temps ne joue plus son rôle de vecteur entre la mémoire et l'oubli ; il doit donc être pensé de manière volontaire puisque les espaces de discussions et d'échanges, tels Facebook ou Google+, entraînent une persistance des informations dans le temps.

Par contre, le droit à l'oubli pensé comme il l'est aujourd'hui met en évidence un paradoxe qui est celui de la gestion de la présence par l'effacement des données inscrites. Les entreprises spécialisées dans ce domaine prospèrent et certaines compagnies d'assurance*** proposent même des contrats de protection de la réputation des particuliers sur internet, au même titre que l'assurance bris de glace pour les voitures, ou la protection contre les vols pour l'habitation. 

C'est une gestion par l'absence : l'internaute est déresponsabilisé face au contrôle de ses données et les sites internet sont désignés comme des dangers contre lesquels l'internaute doit se protéger en faisant appel à des entités extérieures. Au lieu de parler d'oubli, ne pourrait-on pas miser sur une présence réfléchie de l'internaute afin que ce dernier soit replacé au centre de l'échiquier numérique ?

* GOFFMAN Erving (1973), La mise en scène de la vie quotidienne. Tome 2 : Les relations en public.  Paris : Les éditions de minuit.

** Bloc-notes de Jean-Michel Salaün : http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/post/2006/06/14/38-le-paradoxe-de-roger. 

*** Swiss Life : http://www.swisslife.fr/Le-Groupe/L-Espace-Presse/Communiques/Swiss-Life-et-Reputation-Squad : consultée le 14.09.11

[Nathalie Walczak a réalisé, sur le thème du droit à l'oubli, une communication pour le colloque Médias011 de l'université Paul Cézanne] 

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