Pour accéder à Facebook, il suffit de remplir quelques lignes de renseignements et de cocher la case qui stipule que j'ai bien lu les conditions générales d'utilisation. Sans ce dernier paramètre, je ne peux pas terminer la création de mon compte, et comme je suis pressée de rejoindre mes « amis », je coche en me disant que personne ne saura qu'en réalité, je ne les ai pas lues. J'éprouve même un soupçon de fierté d'avoir menti à Facebook ... Une fois connectée, c'est génial : je peux envoyer des messages sur le mur de mes amis, dans leur messagerie privée ou communiquer avec eux en instantané. C'est donc moi qui gère le degré de visibilité que je confère aux messages que j'envoie. Je peux aussi les « poker », leur envoyer des applications ou des jeux.
Quant à Google, je ne me pose plus la question : j'ai configuré IGoogle comme page d'accueil et je peux avoir toutes mes applications à disposition dès que j'ouvre mon navigateur. Je ne savais même pas qu'il existait d'autres moteurs de recherche ... Il paraît que les conditions générales d'utilisation changent le 1er mars 2012, c'est Google qui me l'a annoncé par mail, ils sont prévenants. Mais quand j'ai vu dès la deuxième phrase qu'il s'agissait d'une soixantaine de règles, j'avoue que j'ai refermé ce mail et que je ne suis jamais allé consulter les changements.
Cette façon de faire vous interpelle, vous choque ? Si vous suivez ce débat sur ce site, j'imagine que la réponse est oui. Ce que je viens de décrire est de la pure fiction pour moi qui travaille dans le domaine de la communication, Google et Facebook étant mes objets de recherche. Je suis donc sensibilisée à la captation des données personnelles par les entreprises de l'internet, comme d'autres professionnels qui me liront ici. Mais nous ne représentons pas un pourcentage très élevé de la population des internautes.
Pour la majorité d'entre eux, Google et Facebook ne sont que des interfaces numériques simples à utiliser, ludiques et pratiques car elles s'affichent comme telles à travers leurs discours, qu'ils soient publicitaires ou institutionnels. Dans sa dernière publicité télévisuelle, Google marque ses ambitions mais le fait en délicatesse, en touchant la corde sensible : un père qui créé un compte à sa fille, encore à l'état d'échographie, et qui lui laisse des messages jusqu'à ce qu'elle soit assez grande pour prendre en main son compte. Il la rend « Google-Chrome-addict » dès le plus jeune âge, et elle ne se posera jamais la question de savoir s'il existe d'autres outils que ceux qui sont proposés par Google pour publier des photos ou envoyer des vidéos. De plus, toutes ses données auront été stockées depuis sa naissance sans que la petite Chloé n'en sache rien.
En adhérant à Google et à Facebook, nous acceptons par défaut d'être tracés. Pour ma part, je considère que c'est un consentement implicite non-éclairé, et par définition malhonnête. Je trouve regrettable que ces entreprises de l'internet se cachent derrière leurs CGU en maintenant que c'est à l'internaute de faire le nécessaire pour protéger sa vie privée. Nous ne pouvons pas accepter d'être tracés par Google et Facebook, au nom de la liberté individuelle, au nom de l'article 9 du code civil qui certes, ne date pas de la création de l'internet, mais qui je l'espère, ne cessera jamais d'être un des textes fondamentaux de notre culture.
Epilogue : depuis deux semaines, mon compte gmail est inaccessible et bizarrement, Google me demande mon numéro de portable pour m'envoyer un code par SMS. Et depuis quelques jours, mon compte Facebook rame ... je dois être parano !