Il y a une véritable
victoire des nationalistes c'est indéniable, particulièrement au
travers de leur chef, Bart De Wever, qui est devenu le maire
d'Anvers. Il en a fait un enjeu national en disant: si mon
parti prospère c'est que les gens ne sont pas contents du
gouvernement national, donc du gouvernement fédéral, auquel ils ne
participent pas. Mais à mon avis les Anversoises et les Anversois, ont d'abord pensés à leur ville avant
de voter.
Bart De Wever est un leader très populaire en Flandre et donc cette popularité l'emmène vers des sommets
électoraux. Ce phénomène est dû à plusieurs raisons. Tout d'abord, il
joue beaucoup sur la carte de l'anti-establishment, en disant «moi je
suis différent, je vais arriver et taper dans
l'establishment». Ensuite, au niveau socio-économique, il est très à
droite, il est pour une diminution de la solidarité, de l'allocation
chômage, du pouvoir des syndicats, une droite conservatrice
classique mais plutôt dure. Il est évidemment pour la fin du pays. Mais cet élément là, il ne le met en valeur.
Il a été élu parce qu'il est populiste dans son
argumentation, sur l'économie, sur le fait de changer les choses.
Son slogan dans tout le pays c'était «la force du changement». Il
joue sur le fait que les socialistes, les libéraux, les
sociaux-démocrates, sont les partis classiques, qui sont vraiment vieillots et rouillés alors que lui est le souffle
nouveau. D'ailleurs il a perdu 58 kilos en un an, pour montrer que
lui changement il sait ce que c'est. C'est un expert en
communication, un expert en politique, c'est quelqu'un de très
intelligent, c'est pourquoi il est très populaire.
Ceci étant dit, en 2014
on a des élections nationales en Belgique, s'il est élu, ce ne sera pas, à mon sens, pour mettre fin à la Belgique. Si les Flamands lui donnent ce mandat ce ne sera pour cette raison mais pour des raisons
socio-économique.
Je pense qu'il avance masqué sur la fin du
pays, il se fait élire sur d'autres thèmes, mais clairement à son
agenda il y a la scission, et c'est le danger. D'ailleurs il ne dit jamais
«séparatisme», qui serait vraiment la fin, il parle de
«confédéralisme», qui serait une espèce d'association entre la
Wallonie, Bruxelles et la Flandre, très vague, puisqu'il ne donne
jamais de solution pour Bruxelles. Il sait qu'en Flandre le
séparatisme n'a pas d'ancrage populaire. On compare beaucoup la
Catalogne à la Flandre, mais en Flandre vous n'aurez jamais, en tout
cas ce n'est jamais arrivé dans l'histoire, un million de
Flamands dans la rue qui réclame l'indépendance. Il n'y a jamais eu de manifestation de
plus de 2000 ou 4000 personnes pour réclamer
l'indépendance. Je ne crois pas que le fait d'en finir avec la Belgique soit un sujet qui mobilise
énormément les Flamands, au
contraire je pense qu'ils y sont attachés ainsi qu'à l'aspect
multiculturel de notre pays.
Par contre l'argument qui marche très
bien, c'est l'argument socio-économique, c'est le «on paie trop de
taxes», «les Wallons ne travaillent pas assez», «les Wallons sont paresseux et donc on paient pour eux», ce sont ces arguments là qui marchent. Cet aspect là on peut le comparer avec la Catalogne où l'argument socio-économique est souvent utilisé. Ce
n'est pas anodin que tous ces nationalismes resurgissent maintenant,
en pleine crise financière.
En résumé, les tensions
entre Belges se sont apaisées avec la dernière réforme de l'Etat, qui
est arrivé il y a un peu plus d'un an. Mais du fait d'un homme très
populaire en Flandre, le leader de l'opinion flamande,
Bart De Wever, qui va de victoire en victoire, la menace séparatiste est
très présente. Du fait qu'elle soit à son agenda, même s'il ne
le met pas en avant, parce que ce n'est pas dans l'agenda de
la population flamande. En 2014 on a les élections générales,
peut-être arrivera-t-on à la fin du pays, je ne le pense pas et ne
le souhaite pas, mais si cela arrive c'est quelque part parce qu'il
l'a souhaité. Même si, encore une fois, 'il est très populaire pour d'autres raisons: son
charisme, son programme socio-économique dur et ses relents
populistes.
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