La relation franco-allemande, tout en étant fondatrice et essentielle, n'a jamais été exclusive. Quand elle apparaissait telle à ses partenaires, elle créait un malaise : cf. les reproches faits en son temps à l'axe Paris-Bonn, mal perçu par les Etats du Bénélux, l'Italie et la Grande-Bretagne. L'élargissement de l'UE avec ses 27 Etats membres désormais crée par la force des choses une démultiplication potentielle de nouvelles relations privilégiées entre Etats selon leurs forces et leurs affinités.
Cela veut dire que tous les Etats ne peuvent plus avancer dans tous les domaines au même rythme et qu'à 27 on ne peut envisager qu'un avenir diversifié pour l'UE selon qu'il s'agit de coopération monétaire, économique ou militaire. Une Europe à plusieurs vitesses avec un noyau dur des pays européens les plus intégrés semble être la solution malgré les récriminations que provoque cette sorte de retour au "Papier Schäuble-Lamers" de 1994, une analyse réaliste de deux chrétiens-démocrates qui n'ont pas été suivis en Allemagne, celle-ci préférant encore alors une Europe évoluant certes plus lentement mais unaniment, sans laisser personne sur le bord du chemin.
L'impression d'une sorte de banalisation
Le Traité de l'Elysée a mis en place un système de consultations et de coopération comme il n'en existe pas entre d'autres Etats. En même temps, il crée l'obligation aux gouvernements de se couler dans ce moule qu'ils le veuillent ou non. C'est son plus grand mérite puisque après le grand couple fondateur de Gaulle-Adenauer, le suivant ne fonctionne que de façon purement formelle. Ce sont les couples Giscard d'Estaing - Schmidt puis Mitterrand - Kohl qui lui redonneront vie, ces deux derniers redécouvrant sa dimension militaire.
La réconciliation est aujourd'hui acquise, la coopération est depuis longtemps entrée dans les faits. On peut avoir aujourd'hui l'impression d'une sorte de banalisation et normalisation telle de la relation franco-allemande que l'on est tenté de parler d'une indifférence croissante alors que se produit une relève générationnelle.
Pourtant, les commémorations montrent qu'il existe un héritage que personne ne peut nier ni remettre en cause. Inévitablement, le monde évoluant, la relation franco-allemande subit des contraintes extérieures. La France a eu du mal à trouver sa place et son rôle dans le monde multipolaire de l'après-guerre froide tandis que l'Allemagne progressait lentement mais sûrement vers une prise croissante de responsabilités internationales : tout en s'affirmant de façon première comme puissance civile avant d'être militaire - le recours à la force ne peut être qu'un ultime recours une fois tous les moyens de négociation pacifique épuisés -, l'Allemagne unifiée a accepté d'intervenir avec ses alliés.
Il reste difficile pour l'Allemagne d'assumer un leadership
La France a eu également du mal à se positionner sur l'élargissement de l'Union européenne vers l'Est alors que celle-ci apparaissait immédiatement, pour des raisons autant économiques que politiques et militaires, nécessaire à l'Allemagne de par sa position redevenue médiane en Europe. Malgré des visions différentes de l'avenir européen, France et Allemagne ont finalement oeuvré ensemble à cet élargissement - même si la France a pu avoir le sentiment d'y être plus contrainte que de l'avoir librement choisie.
Dans le passé, on parlait de l'Allemagne comme d'un géant économique qui était un nain politique alors que la France pouvait se targuer, de par sa position au conseil de sécurité de l'ONU et de sa force nucléaire, d'être une grande puissance. La France considère aujourd'hui que l'Allemagne assume mieux un rôle dans le monde, mais elle affirme aussi davantage sa vision de la politique monétaire et économique pour l'Europe en tant que puissance économique majeure. L'Allemagne agace alors quand elle est trop timide pour s'engager dans des opérations militaires (Libye hier, Mali encore aujourd'hui) ou qu'elle est trop dominatrice dans la question de la crise de l'Euro - il reste difficile pour l'Allemagne d'assumer un leadership !
C'est aujourd'hui la faiblesse économique de la France et la puissance économique de l'Allemagne qui créent un tel déséquilibre que la première cherche à rétablir en réclamant la parité ! Mais ce déséquilibre ne fait que rendre plus sensible de part et d'autre une approche technocratique de l'Europe, donc un manque de vision.
Ceci étant, la France et l'Allemagne ont toujours réussi à s'entendre d'une certaine façon au final, sans savoir valoriser leur accord, à vrai dire parfois a minima, de façon sensible dans les médias.
Il reste que sans la France et l'Allemagne ou contre elles, l'Europe aujourd'hui encore ne peut progresser. La relation franco-allemande a de ce fait, quasiment par définition, un avenir.