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Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou
Politologue, Geneva Center for Security Policy

La peur des islamistes au pouvoir est contre-productive

Elle est contre-productive à double titre. Au niveau national, ultimement le projet politique et social des islamistes ne pourra être, à proprement parler, évalué que s’il est testé dans le cadre d’une expérience politique électoralement circonscrite. Ayant été séduites par les promesses électorales à la tonalité conservatrice (en gros, sécurité, salubrité et souveraineté) des islamistes, les populations doivent pouvoir les juger sur pièce et consigner, dans un cadre démocratique de responsabilité naissant, le succès ou l’échec de ces acteurs. Ceci permettra à la fois la maturité civique du système (ainsi que la mémoire politique du citoyen) et la dédramatisation d’un fait islamiste trop longtemps instrumentalisé de part et d’autre. Au niveau international, les islamistes ont souvent été plus pragmatiques qu’on aurait tendance à le croire, et leur nouvelle assise électorale peut leur permettre de tenter de mettre en place des dynamiques d’échange potentiellement moins clientélistes avec les partenaires internationaux. Si les gouvernements gérés par les islamistes (adeptes de l’économie de marché) venaient à rencontrer quelque succès, notamment sur le front social et économique, ce qui est loin d’être donné, les partenaires internationaux de ces pays seraient assurément les premiers à en bénéficier — d’autant plus que l’épouvantail islamiste aura été, avant tout, l’argument massue des régimes autoritaristes tombés.

Au final, seuls comptent l’analyse empirique, le respect du jeu démocratique et le succès ou l’échec des islamistes dans les faits.

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  • Photo de Frédéric Capron

    07 décembre 2011, 23:01

    Pourriez-vous nous éclairer sur la différence que vous établissez entre relations partenariales et relations clientélistes ? Et aussi en quoi selon vous des relations partenariales seraient plus bénéficiaires aux partenaires que des relations clientélistes ?
    D'autre part, je doute que ce qui motive actuellement les peuples arabes en révolution soit les retombées positives des gouvernement islamistes sur leurs partenaires internationaux. Idéalement, ce serait souhaitable, mais il me semble qu'après tout ce que les relations clientélistes ont fait subir aux peuples des anciennes colonies, ils ont toute légitimité pour s'en foutre.
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