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Louis Maurin
Directeur de l’Observatoire des inégalités

La richesse n’est pas immorale en soi c’est sa répartition actuelle qui l’est

Le fait de s‘enrichir n’est pas immoral. Le problème n’est même pas qu’il y ait des inégalités en soi. C’est un problème de justice dont il faut déterminer les critères. Ce qui indigne aujourd'hui l'opinion c'est que rien ne justifie que quelques cadres dirigeants touchent des milliers d'années de Smic chaque année.

- Le premier de ces critères est le respect du droit : il est immoral de s’enrichir en enfreignant les règles droit, tout le monde en convient.

- Dans une société ou la richesse n'est pas en abondance, un autre élément pour justifier de la moralité d’un enrichissement est celui de l'effort. Aujourd’hui, ceux qui travaillent le plus dur, dans les métiers les plus pénibles - la France qui se lève tôt - sont aussi les moins bien payés.

- En terme d'effort, le temps de travail compte aussi parmi les arguments avancés par les personnes très riches. La plupart des patrons, qui disent travailler 70 heures par semaine, vont comptabiliser du temps de travail qui pour d’autres sera un temps de loisir (un déjeuner professionnel dans un grand restaurant par exemple). Ces gens ont des domestiques, et n’ont pas une deuxième journée de travail qui les attend : ils profitent à plein de leurs loisirs.

- On doit aussi se poser la question de l'héritage. Est-il moral que l'on puisse devenir riche sans avoir rien fait, uniquement parce que ses parents le sont ? C'est très discutable et les baisses de droit de successions favorisent les rentiers, pas ceux qui se lèvent tôt.

- L'un des arguments avancé pour justifier des niveaux de revenus est celui du niveau responsabilité de ceux qui s'enrichissent. Mais alors, pourquoi ne paient-il jamais les conséquences de leurs erreurs, alors qu'une caissière sera licenciée après trois erreurs de caisse ?

- Il faudrait se poser la question de l'utilité sociale des efforts produits par les uns et les autres. Une infirmière dans un service de cancérologie pour enfant mérite-t-elle vraiment moins qu'un trader ? Elle gagne moins parce qu'elle n'est pas dans la sphère marchande (on la considère même comme un coût aujourd'hui), et pourtant elle mérite beaucoup aux yeux de la société. Le philosophe Michael Walzer parle des "sphères de justice" : on peut dire pour reprendre ce concept que la sphère de l’utilité sociale n’est pas du tout valorisée, car l’économie mondialisée valorise la sphère marchande, et le critère principal est l’argent que l’on rapporte. En outre, en France la sphère intellectuelle est largement favorisée par rapport aux productions manuelles. Est-il moral que ceux qui ont eu la chance de faire des études soient tellement mieux payés que ceux qui ont commencé à travailler en apprentissage à 16 ans ? Le système allemand valorise beaucoup plus le savoir-faire technique, par exemple.

- Enfin, il faut se demander si la richesse "culturelle", le diplôme, est morale. Notre système est formaté pour les enfants de diplômé et ne distribue pas les diplôme sur des règles justes. Mais cela, rares sont ceux qui s'en inquiètent.


La richesse n’est pas immorale en elle-même, mais il faut s’interroger sur des critères de justice qui aujourd’hui ne sont pas respectés.

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  • Photo de Gidmoz Gidmoz non
    Gidmoz Gidmoz ingénieur, libertarien, école autrichienne d'économie, chercheur en science économique

    11 avril 2012, 10:56

    @Louis Maurin
    Vous parlez des critères de la Justice. Je préfère parler de "Norme de Droit", plutôt que de critères. La Justice est fondée sur le Droit. Le Droit permet à chacun de savoir, a priori, s'il a le droit de faire ceci ou de faire cela. Le droit, ce sont des règles à priori.

    Etre propriétaire d'une chose, c'est avoir le droit d'en jouir et c'est avoir le droit d'exclure les autres de cette jouissance. Ainsi, je suis propriétaire d'une pomme, j'ai le droit de la manger sans en donner à mon voisin. J'ai une maison. J'ai le droit d'y habiter avec ma famille et de chasser l'intrus qui voudrait s'installer chez moi.

    La plupart des litiges judiciaires portent sur des droits de propriété. La propriété est donc la principale norme de Droit. Sans propriété, aucune norme de droit ne serait cohérente, aucune justice ne serait juste.

    Le concept de propriété suffirait à fonder le Droit. On peut dire que chacun est propriétaire de son corps. C'est le droit de propriété étendu au corps. C'est logique. Je suis le seul à pouvoir jouir de mon corps. J'ai le droit d'exclure ceux qui veulent s'en servir sans mon consentement.

    La possession de richesse ne peut donc pas être immorale, sauf si elle vient d'un vol.
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  • Photo de lib RT oui

    17 avril 2012, 18:59

    "Nul n'a droit au superflu tant que chacun n'a pas le névessaire" - Anne-Cécile ROBERT
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