Contribuer au débat Suivre le débat
14 Contributions
2 Réactions
192 Votes
Francis Martin Suivre
Oui
Francis Martin  
Psychanalyste ; thérapeute en psychosomatique, anc…

La technologie change l'émotion que nous avons du monde

On apprend dans "Les découvreurs", de Daniel Boorstin - un livre sensationnel- qu’avant l’invention de l’imprimerie, lire un ouvrage, ce qui n’était réservé qu’à une infime minorité d’érudits, ne consistait pas seulement à « lire » comme on le fait aujourd’hui, c’est à dire déchiffrer un texte puis le comprendre, mais également à le retenir mot à mot afin d’être capable, éventuellement de le retranscrire tel quel.

Avec Gutemberg, l’importance de mémoriser un texte est peu à peu tombée en désuétude, et cela nous apparaîtrait fastidieux, voire irréalisable aujourd’hui. Mais cette évolution du comportement humain, liée à un progrès technique à la Renaissance, éclaire ce qui se passe aujourd’hui.

Par exemple, tous les utilisateurs du GPS savent que son utilisation, aussi utile qu’elle soit, change notre perception d’un itinéraire, comme si nos sens et notre intelligence fonctionnaient différemment dès lors que nous n’avons plus qu’à suivre les consignes de l’engin fixé sur le pare-brise.

Je pense qu’il en est de même pour les moteurs de recherche. Nous n’avons plus aujourd’hui à chercher dans les pages d’une encyclopédie, lesquelles furent écrites, composées, hiérarchisées puis ajustées selon une logique humaine, déterminée par des critères dont le lecteur peut prendre notamment connaissance dans la préface de l’ouvrage.

Les moteurs de recherche fonctionnent eux sans hiérarchie apparente. En réalité, ils en ont une, bien sûr, fixée par l’immédiateté, le nombre de recherches effectuées sur un item ou encore le marché. Mais l’internaute n’en n’a pas connaissance et bien souvent même, pas conscience. Là où autrefois, pour effectuer une recherche, améliorer ses connaissances et apprentissages, et surtout, avoir une relation avec l’autre, l’homme avait recours à plusieurs de ses sens et facultés, la technologie tend à limiter leur besoin et utilisation tout en donnant à chacun, isolé, l’illusion de la toute-puissance. Cela est particulièrement vrai pour les « réseaux sociaux » qui n’ont de social que le nom, puisqu’ils nous privent de quantité d’informations sur l’autre. C’est l’utilisation de toutes nos sensations et facultés qui se retreint avec la technologie, c'est à dire de nos émotions, et en limitant l’usage de nos facultés internes, c’est toute la perception de tout l’univers externe qui s’en trouve modifiée. En d'autres termes, ne sommes nous pas plus riches en osant une ballade à pied, en respirant l'air, les saisons, le temps qu'il fait et les regards que l'on croise, plutôt que d'aller voir un pays où nous n'irons jamais sur "Earth" ?
Car nous ne voyons l’univers qu’à l’image de ce que nous ressentons intimement, donc de nos émotions.

Réagir à l'argument  
D'accord   Pas d'accord  
  • 0/1250 caractères
  • Alexandre Lhussa Non Suivre
    Alexandre Lhussa

    10 février 2012, 19:44

    Large question que celle de la place de l'émotion dans nos sociétés actuelles, c'est à peser face à l'abondance de possibilités que nous offrent ces technologies (le livres en est un exemple de premier ordre).

    0
    0

    Répondre

    Le livre numérique va-t-il achever les librairies ?

    Suivre le débat
    254

    Le livre numérique va-t-il achever les librairies ?

    Suivre le débat
    32

Revenir en haut de page
Encore plus de débats