Après
le deuxième tour des législatives, le premier parti de France dirigé naguère
par Nicolas Sarkozy est en « miettes ». Cet émiettement a plusieurs
explications : la variation de la doctrine de l’UMP depuis sa création en
2002 et les alliances mal définies avec le centre sensé lui apporter une touche
humanitaire.
L’UMP
créé par jacques Chirac, Alain Juppé et certains responsables centristes, a
toujours poursuivi un objectif : gagner les élections et se présenter
comme le pôle conservateur et de centre droit auprès des électeurs.
Le
centre a été progressivement occupé par plusieurs acteurs politiques comme
Bayrou, Borloo, Morin, Sauvadet. Les liens entre le centre et l’UMP n’ont
jamais été analysés au fond. Quelles sont les valeurs que le centre doit
apporter à l’UMP ? Comment l’UMP a-t-elle traité le centre ? Quels
apports stratégiques au niveau de la pensée l’UMP pouvait-elle attendre du centre ?
A
toutes ces questions et surtout depuis la défaite récente aux élections
législatives et aux atermoiements de Bayrou et de Borloo pour tisser des liens
forts avec l’UMP, force est de constater que le centre, « je devrais dire
les centres », est mort au niveau de la doctrine qui finalement se résume
uniquement à un positionnement ni droite, ni gauche, mais sans contenu
réel.
L’UMP
est donc obligé de redéfinir sa stratégie après sa défaite aux élections
législatives. Cette redéfinition doit emprunter les trois points ci-après.
- 1. Quelle
est la place de l’UMP dans l’espace politique français ? Poser la
question, c’est y répondre. L’UMP est un parti de droite, conservateur et qui
valorise une compréhension de la société à partir de l’individu et de sa place
en tant que responsable dans la société française. L’UMP a donc de la
République une conception fondée sur deux valeurs centrales : liberté,
responsabilité. Ces deux valeurs sont importantes lorsque l’UMP passe de l’approche
individuelle à l’approche collective fondée par les groupes sociaux. Cette
approche collective peut mettre l’accent sur la notion d’équité à préciser par
rapport à celle d’égalité.
- 2. L’UMP
est un parti de droite conservatrice mais sociale qui n’exclut pas les valeurs
humaines. L’UMP doit clarifier, au-delà des élections, sa position, ce que d’aucun
appelle les valeurs, dans les alliances avec le centre et les autres partis
comme le Front National ou la gauche française au sens large. Il faut que le
centre se définisse d’ailleurs lui-même sans être godillot de l’UMP. Avec le
Front National, il me semble que le ni-ni est une absurdité. Il faut clarifier
la situation : soit l’UMP annonce de façon définitive qu’il existe une
porosité entre le Front National et elle-même et des alliances sont donc
possibles, soit l’UMP refuse les valeurs du Front National (xénophobie,
immigration, racisme déguisé, frontières nationales, déconsidération de l’Europe).
Alors, on attend qu’elle le dise clairement sans être obligée de se
contorsionner sous prétexte qu’elle vit ou qu’elle tient une maison commune
avec les centres qui se définissent comme attachés aux valeurs humanistes et
républicaines, comme le revendique en permanence le parti Radical valoisien,
plus vieux parti de France, dirigé par Borloo. La stratégie du ni-ni est une
stratégie du court terme et électoraliste et qui ne permet pas de structurer
une doctrine, donc une pensée, donc une action à long terme.
- 3. L’UMP
doit réfléchir sur son projet politique qui doit être fondamentalement
républicain et patriote. Le projet politique permet de bâtir une stratégie et
de se définir par rapport à d’autres partis. On a reproché à Nicolas Sarkozy d’avoir « droitiser »
sa campagne électorale empruntant un jour des thèmes au Front National, les
récusant un autre jour. Ce voyage électoral de Nicolas Sarkozy dans l’espace
politique français est justement lié à une absence de définition claire des
valeurs qui structurent l’UMP, de ses alliances avec les centres et de son
projet politique.
Pour
moi, le centre n’existe pas, ce n’est qu’un supplétif électoral que l’UMP n’avait
pas besoin de draguer. Borloo s’est fait prier comme s’il détenait la clef de l’élection
de Nicolas Sarkozy. Les élections présidentielles et législatives ont montré
avec la défaite de Bayrou et l’élection
de deux députés Modem et de quelques députés du Nouveau centre de François
Morin, que le centre n’existe plus en France et qu’il revient à l’UMP de
clarifier les choses sur sa doctrine et sur sa démarche stratégique. L’UMP doit
donner une définition et un contenu sur les hommes et les femmes qui la composent
et sur le projet politique pour la France de demain. Ne pas le faire, c’est
continuer à errer comme des feux follets et c’est progressivement laisser à la
droite populaire la capacité d’organiser
la vie de ce mouvement.
L’UMP
est tombée dans une illusion. La société française est sociologiquement à
droite mais elle reste dans ses comportements électoraux modérée et apte à la
synthèse, mais à condition que les électeurs reconnaissent d’abord ce qui fait
la spécificité du parti. L’UMP a perdu parce que nous sommes restés uniquement
dans une stratégie de gouvernement et de réussite électorale sans nous remettre
en cause dans notre identité et dans nos alliances avec le centre c’est vrai,
mais surtout avec le Front National. Que les choses soient claires, le Front
National a le droit d’exister car on ne peut pas récuser 6 millions de Français
qui votent pour ce parti, en revanche, l’UMP a le droit de dire clairement ses
rapports avec ce parti comme avec les autres.
Lucien Pambou
Conseiller municipal UMP Alfortville
Professeur d’économie
et de Sciences politiques