Le simple fait de parler d'évaluation en France, soulève généralement des débats, des contestations, et des grèves [style syndicale]. En gros, il y a un vrai problème [et en mon sens plus culturel] sur ce dossier "de l'évaluation" en France. C'est ainsi que dans le domaine de l'éducation, il n'y a pas que l'enseignement secondaire, mais aussi la recherche [l'évaluation des chercheurs qui a largement fait débat aux cours de ces dernières années], en passant par l'enseignement supérieur. C'est donc un phénomène général. Mais vu que Chloé Baills [qui est une journaliste de newsring.fr] dans son prologue nous a parlé de l'enseignement secondaire, je m'efforcerai de rester fidèle à son sujet.
Au-delà de ce brouhaha de contestation très complexe sur la question de l'évaluation, il faut savoir qu'il existe tout de même un système d'évaluation au secondaire [jugé archaïque par le ministre ad hoc]. Et tout le problème de ce débat tourne autours de ce nouveau système. L'ancien est-il dépassé? Doit-on le remplacer? Et si oui, par quelle méthode? Cependant, plus que la méthode elle même, il faudra aussi dire que ce sont surtout les conséquences collatérales de la nouvelle méthode [proposée] qui posent débat. Celles témoignant de ce malaise millénaire, digne du jacobinisme français, levant le voile sur cette dualité [vécue comme un enfer par bon nombre de professeurs] entre l'enseignant et son supérieur hiérarchique [celui du proviseur narcissique par exemple ]. Et si les syndicats sont passés à l'assaut sur ce dossier, il faudra préciser que ce débat a en théorie le mérite de ne pas être trop politicien et syndicale; Car il relève surtout des politiques publiques, de l'administration et de la technocratie [sur l'angle de l'exécution]. Autrement dit, c'est simplement un débat technique, dans lequel seuls la démonstration technique et scientifique devraient l'emporter. C'est pour cela qu'il devrait en l'espèce ne pas créer assez de divisions. Mais vu que nous sommes toujours en France, du domaine de l'administration, donc du domaine de l'exécutif, et donc d'un gouvernement [issu en l'espèce d'une majorité présidentielle], il va sans dire qu'en pratique, les choses ne seront pas si simple que cela.
Pour ma part, à la question de savoir si le système d'évaluation des profs est archaïque, j'ai voté OUI. Et une chose très singulière dans ce débat, c'est que le OUI aussi fait quasiment l'unanimité entre le ministre Chatel et les enseignants. Je veux dire que la colère des enseignants ne porte pas sur l'archaïsme de l'ancien système [qu'ils reconnaissent dans leur grande majorité], mais sur sur la nouvelle méthode proposée. Même ceux qui défendent l'ancienne école ne disent pas qu'elle est efficace [ou qu'elle n'est pas dépassée] mais préfèrent garder l'ancienne par défaut [au lieu d'utiliser celle qui vient d'être proposée par Luc Chatel, et ce, pour des raisons déjà connues et que nous allons encore essayer d'expliquer].
Donc, si je veux esquisser une confrontation [d'arguments] entre les défenseurs de l'ancienne école et ceux de la nouvelle, on aura un tableau simplifié comme suit: 1- Défenseurs de l'ancienne école par défaut [enseignants/arguments contre le nouveau système] et 2- Défenseurs de la nouvelle école [Le ministre/arguments propre]. Si vous remarquez [au risque de me répéter], il n'y a pas de défenseur [au sens propre du thème, ou disons marqués] de l'ancien système, mais plutôt des critiquant de la nouvelle école. Et pour résumer les arguments de cette dernière, comme expliquée le 14 décembre dernier [2011] par Luc Chatel sur Soir 3, c'est que cette nouvelle méthode promue est 1-adaptée à cette nouvelle génération et à ses défis, 2-elle permet une plus grande proximité avec les réalités du terrain par le biais des chefs d'établissements, 3-elle favorise le suivi personnalisé de chaque élève, notamment par le soutien scolaire et 4-pourra mieux suivre l'engagement de l'enseignant dans le projet pédagogique de l'établissement [qui existe déjà dans le système en vigueur avec des nuances près]. Parmi ces points, celui qui est central et qui a le plus indigné les enseignants, c'est le chef d'établissement, ou disons le rôle de ce dernier dans cette nouvelle méthode . Disons même que c'est la vraie question [et la plus essentielle] cachée derrière ce débat: Le chef d'établissement peut-il évaluer ses sujets? Pour les enseignants [ceux qui sont contre]: NON. Ils évoquent le fait que 1-ce dernier ne maîtrise pas la discipline du professeur évalué, 2-la note sera biaisée par les considérations personnelles de ce dernier: ses relations supra-professionnelles avec un enseignant, ou encore ses convictions politiques [il ne fait bien qu'il soit par exemple du camp politique adverse], et enfin 3-sa note déterminerait l'avancement des salaires [ce qui existe toutefois déjà dans l’ancien système avec les 40% de la note globale, le volet administratif].
Alors, au-delà de ce clash, qui peut nier que depuis la loi d'orientation sur l'éducation en 1989 [qui a beaucoup consacré l'évaluation académique], qu'il s'est produit de nombreuses mutations dans le vie des jeunes écoliers? Internet n'existait pas comme il existe actuellement, pas de téléphone mobile [et encore moins smartphone], pas de google, pas de réseaux sociaux, et pas de...; En gros, un vrai changement sur la vie des jeunes filles et des jeunes garçons en France; De telle sorte qu'il serait dogmatique et sectaire de ne pas dire qu'il faut innover dans l'évaluation au secondaire. C'est d'ailleurs d'après moi, l'un des arguments les plus solides de la réforme. Qui peut aussi nier le fait qu'une évaluation à l'interne [par X] est plus efficace qu'une évaluation venant de l'extérieur [par Y]? Et croyez moi, pour avoir travailler sur certains sujets de politiques publiques je sais de quoi je parle. Qui peut toujours nier que le suivi personnalisé d'un élève est plus efficace par le travail de proximité? Qui peut oser nier qu'il y a un lien [surtout fonctionnel] entre l'évaluation administrative et l'évaluation pédagogique? Qu'il ne serait donc pas bête en l'espèce de les fusionner sous l'autorité d'une seule personne?
Il y a pourtant une critique [que je crois objective] de la part des enseignants et qui a retenu mon attention. C'est l'incompétence par exemple d'un supérieur hiérarchique à évaluer une discipline à laquelle il est étranger. Bien évidemment; Qui peut demander à un chef d'établissement à la base professeur d'anglais d'évaluer un professeur d'EPS? Ce n'est pas intelligent, et ça n'a aucun sens. C'est d'ailleurs tellement flagrant qu'il m'étonnerait que ce soit l'intention de Luc Chatel [ou du moins ce qu'il veut faire à l'état pure]. Il est tout de même important de rappeler qu'il y a une différence entre ce que j'appelle [personnellement] une évaluation disciplinaire et une évaluation pédagogique. En ce sens que la pédagogie s'intéresse surtout à la forme et au procédé, alors que la discipline s'intéresse plutôt au fond de la matière, et à ses composants: les théories, les formules, et autres. Je veux dire qu'on a pas forcement besoin d'être professeur de mathématique pour reconnaître un bon professeur de mathématique. Tout dépend de la feuille de route. Et il me semble qu'en la matière, ce sont les résultats dans la réalisation des objectifs qui devraient l'emporter sur tous les autres critères. C'est ainsi qu'un professeur de SVT qui arrive à obtenir de bonnes notes de la part de ses élèves [par exemple au Bac] devrait être bien noté [sur le volet pédagogique]. Au-delà de cette suggestion personnelle [entre autres, l'exemple du professeur de SVT], il reviendra au ministre de rassurer les peurs [largement légitimes] des enseignants et des syndicats sur la question. Je dirai même pour compléter ma contribution qu'il y a mille et une solution pour pallier ce problème de manière efficace et rapide. Et nos camarades techniciens qui sont dans le shadow des cabinets ministériels devraient savoir de quoi je parle. En tout cas, on ne devrait pas priver nos petits frères et nos petites soeurs du secondaire d'une belle réforme à cause de petits détails [qui peuvent être résolus].Concernant le malaise dans le rapport enseignant et supérieur hiérarchique, il faut savoir que ça toujours existé. Et en ce qui concerne la note qui risque d'être biaisée à cause des considérations supra-professionnelles et politiciennes, ce n'est pas aussi un phénomène nouveau [ce risque demeure même dans le système en vigueur actuellement par le biais des inspecteurs et le chef d'établissement. Même si ce dernier n'a droit de citer qu'à 40%]. Je ne suis pas entrain de dire qu'il faut laisser faire. Mais on ne devrait pas s'en servir comme justification pour bloquer une réforme d'une telle ampleur. Il reviendra ainsi au ministère de l'éducation de trouver des formules afin équilibrer le poids du chef d’établissement dans la note d'évaluation. Afin que ce dernier n'utilise son pouvoir discrétionnaire et sa position de domination pour nuire à l'évaluation et de facto à l'enseignant.
La question de l'évaluation en France est un sujet très important en ce sens qu'il détermine toutes les politiques sur l'avenir de l'école et des jeunes. Et sur ce dossier, ils sont des milliers de jeunes chaque année à quitter le système éducatif. On parle alors de décrochage scolaire. Certains parmi eux, ayant pu accéder à l'université après le Bac, quittent le système universitaire après seulement la première année de licence. Donc, c'est un problème qui mérite sans froid, discussion et objectivité. Au risque même de nuire à l'avenir de la France... Il est de ces domaines où la confrontation politicienne est à éviter. Et fait partie de cette liste, l'éducation nationale. C'est pour cela, lorsque la caducité et l'archaïsme d'un système sont prouvés, il convient simplement de travailler main dans la main pour le réformer. En prenant bien sûr en compte toutes les inquiétudes et de toutes les peurs, non pas pour freiner la réforme, mais pour en faire une réussite. Et ce sujet sur l'évaluation au secondaire en soulève un autre: Celui de la réforme de l'éducation en France.
Une réflexion de Zeba Mohamed Lamine (Mohamed Delaprincesse), dans un débat orchestré par Chloé Baills.