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Pierre Crétois
Doctorant à l'université de Lyon 2 en histoire des idées.

Ce n'est pas aux pays arabes de financer le problème des banlieues.

L'intervention du Qatar en France ne saurait être considéré comme participant à la promotion de la diversité, car elle est le symptôme du rejet même de cette diversité : « les populations d'origine arabe, ça n'est pas notre problème, c'est celui des pays arabes », voilà ce que semble affirmer, en sous-main l'accord avec le Qatar. On peut donc difficilement trouver des arguments éthiques pour accepter cette ingérence d'un pays souverain dans les affaires intérieures de la France. 

On peut, en effet, légitimement se préoccuper de l'intervention directe d'un Etat tiers sur les politiques sociales françaises quelles que soient les garanties qu'il nous offre. Cela donne l'impression que les problèmes des banlieues relèvent d'un problème arabe alors que c'est un problème français et qui doit être traité comme tel.

La stratégie des qataris est clairement communautariste. L'accepter c'est donc aussi renoncer à l'intégration républicaine et reconnaître implicitement que les problèmes touchant des populations d'origine arabe ne sont pas des problèmes français et qu'en conséquence il est légitime que des pays souverains arabes viennent proposer des solutions aux problèmes qui sont les leurs alors qu'en réalité, ce sont les nôtres. Mais quid de la notion de territoire ? Quid de la responsabilité que chacun des français ont vis-à-vis des plus défavorisés de leurs concitoyens ? Est-ce un renoncement absolu à traiter sérieusement la question sociale par l'intégration républicaine en acceptant la désintégration économique de pans entiers du tissu urbain laissés depuis trop longtemps à la dérive ? On doit le dire, l'échec social des banlieue et de l'intégration est un problème français qu'il ne faut pas évacuer.

Mais, le pire c'est qu'il y a un risque évident : que ces populations déjà trop souvent en déshérence identitaire voire en révolte trouvent définitivement à consolider leur identité autour d'une arabité salvatrice. Peut-on accepter un tel échec de la république ? Qu'une population se sente étrangère chez elle ? Est-il possible d'accepter l'existence d'une nation dans la nation ? Je ne crois pas que cela soit souhaitable ni pour les principes de justice et d'égalité qui nous animent, ni pour favoriser la paix civile.

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