Au moment où beaucoup déplorent, avec raison, d'une part l'éclatement de la société française en de multiples communautarismes, et d'autre part la marchandisation progressive de notre civilisation, l'idée d'un jour partagé par tous, consacré à [...]
Au moment où beaucoup déplorent, avec raison, d'une part l'éclatement de la société française en de multiples communautarismes, et d'autre part la marchandisation progressive de notre civilisation, l'idée d'un jour partagé par tous, consacré à une "respiration" familiale, intellectuelle, sociale, associative, voire spirituelle, me semble particulièrement précieuse.
Bien sûr, je ne parle pas ici du travail du dimanche qui est nécessaire (transports, hopitaux, police, etc), et qu'il ne viendrait à l'idée de personne de contester, ni de celui qui relève de la liberté individuelle (tout professionnel (profession libérale, par exemple) peut travaille le dimanche, il est seulement interdit de faire travailler les salariés) mais de toutes ces enseignes qui, l'une après l'autre et sans aucune nécessité, ouvrent sans vergogne, le plus souvent au mépris de la Loi, et éventuellement avec la complicité d'élus plus ou moins corrompus.
Qui veut vraiment du travail sept jours sur sept ? Aucune étude économique à ce jour n'a fait la preuve de son utilité économique, mais bien plutôt l'inverse (enchérissement lié aux coûts d'infrastructure, suppression d'emploi dans le commerce traditionnel). Dans le public, si l'on excepte le sondage truqué qui avait paru dans le JDD en 2008, très majoritairement, personne ne veut travailler le dimanche. Les députés eux-même, ceux qui ont voté la loi Maillié, se gardent bien de travailler à l'Assemblée le dimanche !
Non, ceux qui veulent cela, regardez qui le demandent : ce sont les IKEA, les Confo, les Leroy-Merlin, les Plan de Campagne, les ED, les centres Millénaire, bref les grandes chaines de distribution, ou les gros intérêts commerciaux, qui y voient le moyen, en l'imposant petit à petit, de tordre le cou un peu plus à la distribution traditionnelle.
Et qui paye ? Ce sont les salariés, contraints de travailler le dimanche pour des primes ridicules, et quelquefois négatives, notamment pour les mères célibataires, qui sont obligées de faire garder leurs enfants.
Dans notre démocratie, où la politique a été remplacée par le marketing électoral (aboutissant a cet extraordinaire résultat que 87% des français ne croient plus à la parole des politiques), il est à craindre que le bien commun subisse les coups de boutoirs du lobbying de ces gros intérêts financiers. Si la Loi Mallié a été présentée au parlement pour satisfaire aux intérêts électoraux du député Mallié et de sa zone de Plan de Campagne, elle a été précédée de l'amendement Debré, tellement conforme aux intérêts de la grande distribution du meuble qu'il a pu être surnommé "l'amendement ConfoKea". Et on voit aujourd'hui Frédéric Lefebvre agir en marionnette du lobbying de l'association Haussmann, ou de celle des Abesses, avec la finesse qu'on lui connaît, sur fond de bras de fer politicien avec la mairie de Paris, tandis que tout au long de cette histoire, se profile l'acharnement idéologique de Xavier Bertrand, dont on jurerait qu'il s'est fait un but personnel de détruire le repos dominical. Par qui est-il payé, celui là ?...
La loi Maillé est un chef d'oeuvre de désinformation. Présentée comme devant simplifier la question du travail du dimanche, et produire de l'emploi, elle n'a en fait réalisé qu'une complexification supplémentaire (savez vous que les dérogations accordée aux tanneries de peaux de lapins, aux moulins à vent, et aux fabricants de chandelle, n'ont même pas été abrogées au passage ?!!) qui a ouvert la porte aux dérogations de complaisance que l'on voit actuellement pousser comme des champignons, sans créer aucun emploi (mais peut-être en en supprimant, par les commerces traditionnels qu'elle a fait disparaître).
Il me paraît évident qu'elle doit être abrogée, ainsi que l'amendement ConfoKea-Debré, et que la loi sur le travail du dimanche doit être véritablement modernisée, dans le sens de la clarté, donc de la simplicité. D'une part en reconnaissant le doit au repos dominical à tout salarié. D'autre part en fixant de manière claire les dérogations à ce principe, qui devront reposer sur des critères d'utilité sociale, et non d'intérêts économiques et/ou mercantiles, et en fixant de manière tout aussi claire les compensations à ces dérogations, qui devront être les mêmes pour tous les salariés (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, les salariés des PUCE ayant des droits différents de ceux des zones touristiques). Enfin, cette loi modernisée, simplifiée, clarifiée, devra être appliquée sur le terrain, et tout ministre en exercice venant prôner le non-respect de la loi sera immédiatement exclu du Gouvernement, n'est-ce pas, M. Bertrand ?
De quelle société voulons-nous ? Une société où la grande distribution, par le truchement de politiciens peu scrupuleux, impose à des étudiants sous-payés de travailler le dimanche à nous vendre des produits fabriqués dans des pays lointains par des enfants travaillant 16 heures par jour ? Où une société respirant en commun, un jour par semaine, et s'intéressant ce jour là à tout ce qui fait un homme quand il ne travaille pas ?