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Jean-Paul Brighelli
Enseignant et essayiste

Aujourd'hui, pour être enseignant, il faut avoir un certain goût du martyre

On parlait jadis de «vocation» : et les «hussards noirs» de la IIIe République et de Péguy réunis avaient bien, jusque dans la blouse, quelque chose du curé. Avec la même volonté de convertir, de diffuser la bonne parole — et les phrases de morale inscrites au tableau n’étaient que la laïcisation des valeurs chrétiennes auxquelles cette même école de 1883 modifiée 1905 faisait concurrence.

Puis une génération nouvelle d’enseignants-militants, ceux des deux après-guerre, ont substitué au catéchisme républicain un enseignement social. On n’éduquait plus le peuple, on éduquait les masses.

Aujourd’hui, pour être enseignant, il faut à nouveau avoir la foi. Il ne s’agit même plus d’engagement — l’idée d’élever le niveau des masses s’est dissoute en même temps que les écoles du Parti, jadis fort fréquentées, désormais désuètes. La foi, et un certain goût du martyre.

Petits frères et petites sœurs des pauvres d'esprit

Les enseignants sont le nouvel ordre mendiant du XXIe siècle. Petits frères et petites sœurs des pauvres d’esprit. Pour l’un des salaires les plus bas de l’OCDE, avec une formation insuffisante au niveau disciplinaire, et inexistante au niveau pédagogique, l’enseignant dernier cru est envoyé en premier poste en terre de mission, comme on disait au temps de la colonisation — chez les sauvages d’outre-périphérique. On me passera cette image un peu trop parisienne : il y a des périphériques et des banlieues un peu partout désormais, partout où l’on a laissé se développer conjointement la misère sociale et l’errance culturelle.

 Formation insuffisante, exiger un master désormais n’avait pas d’objectif disciplinaire : il s’agissait juste de décourager les candidats pour qui une année d’études de plus représente un investissement financier sérieux. En aucun cas cela n’implique un niveau moins aléatoire : les meilleurs scientifiques sont allés en classes prépas, puis en écoles d’ingénieurs, et il leur vient fort rarement l’idée d’aller se faire chahuter dans un collège pour 1700 € nets par mois au bout de cinq à six ans d’études.

Les littéraires sont à peine mieux lotis — ils en viennent à l’enseignement comme on oriente aujourd’hui les élèves en lycée professionnel : par défaut. Ou par recherche d’un « salaire complémentaire », étant bien entendu que la féminisation très avancée du métier a un sens sociologique : l’homme travaille à un métier sérieux, l’épouse est enseignante — rarement à plein temps, de surcroît.

Le métier d'enseignant relève du sacerdoce et de l'ordalie

Il n’y a qu’à voir l’évolution de la représentation du métier d’enseignant. Il y a presque trente ans (1985), Patrick Schulmann réalisait P.R.O.F.S. — une bande de copains sympas enseignant dans un lycée de Boulogne. C’était encore incitatif — moderne et traditionaliste à la fois. Quel adolescent, quel jeune adulte aurait envie aujourd’hui d’être prof après avoir vu le Plus beau métier du monde (1996), Entre les murs (2008) ou la Journée de la jupe (2008 aussi) ? L’image du métier de prof que renvoient les médias témoigne de la désaffection à l’égard d’une carrière épuisante, et mal considérée dans un monde où l’avoir (avoir une Rolex, par exemple) s’est substitué à l’être.

Oui, le métier d’enseignant est désormais de l’ordre du sacerdoce. Et de l’ordalie : jamais les dépressions, les suicides, n’ont été aussi nombreux — au point que le ministère n’a plus osé faire de statistiques depuis 2002, quand le nombre de suicidés dans l’enseignement était déjà deux fois supérieur à celui des flics. Un employé de France Telecom qui met fin à ses jours, c’est une affaire d’Etat. Une enseignante qui s’immole par le feu dans un lycée de Béziers, en disant explicitement qu’elle le fait pour ses élèves, c’est une névrosée écrasée par ses problèmes personnels — surtout pas professionnels.

Expérimentations nocives et crime parfait

Pour preuve, la diminution spectaculaire du nombre de candidats aux concours de recrutement — au point que dans certaines disciplines, désormais, il y a plus de postes que de candidats. Alors, on compense en recrutant, via Pôle Emploi, des Licenciés tout frais (tout en proclamant que la mastérisation est censée relever le niveau) que l’on balance pour quelques mois dans la cage aux fauves — jusqu’à ce qu’ils craquent, et qu’on les remplace encore : l’essentiel, n’est-ce pas, est de mettre une cible devant les élèves. Sinon, on aura les parents d’élèves sur le dos — et ça, ce serait grave…

Bien sûr, quelques établissements sélectionnés, privés ou publics (et la distinction n’a aucune importance, quand il s’agit de pôles de reproduction pour « héritiers ») ne connaissent aucun problème. Et curieusement, l’enseignement très classique qui y est dispensé, et qui marche bien, n’est pas celui que l’on offre aux déshérités. Ceux-là ont droit à toutes les expérimentations pédagogiques qui ont largement fait la preuve de leur nocivité — et que les néoprofs sont sommés d’appliquer, afin que le crime soit vraiment parfait.

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  • Photo de Christophe Bénéton

    24 février 2012, 12:14

    Prof est un engagement terrible : mi-temps payé plein temps et 4 mois de vacances... C'est sûr que c'est la mine...
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    Jean-Paul Brighelli Enseignant et essayiste

    24 février 2012, 15:37

    @Christophe Bénéton 

    J'ai déjà répondu à ce genre de vanne débile :

    Bonne écoute…
    0 0
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  • Photo de Christophe Bénéton

    25 février 2012, 22:01

    @Jean-Paul Brighelli 

    A débile, débile et demi : il est tout aussi absurde de dénoncer les privilèges des enseignants que de les faire passer pour des martyrs...
    Mais l'autocritique est hélas inabordable pour les enseignants qui de plus ne savent savent si peu écrire qu'ils exhibent leur médiocrité en vidéo...
    Vous comparer aux hussards est grotesque : eux voyaient et rendaient l'autre immense quand votre égo dépasse les montagnes...
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  • Photo de Olivier Laffargue
    Olivier Laffargue Ancien journaliste Newsring

    27 février 2012, 10:59

    @Jean-Paul Brighelli 

    Cher Christophe, cher Jean-Paul, merci pour votre participation. Je me permets d'intervenir car pour la bonne tenue des débats, il est important de faire attention au vocabulaire qu'on emploie et d'éviter l'invective personnelle. Merci pour votre compréhension, et bon débat.
    0 0
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  • Photo de Nicolas Salocin

    24 février 2012, 18:32

    @Christophe Bénéton 

    La porte est grande ouverte pour ceux que ça attire tant !
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  • Photo de Pierre ESTRATE oui
    Pierre ESTRATE Agent de maîtrise automatisme industriel agroalimentaire

    25 février 2012, 09:06

    @Christophe Bénéton 

    On va dire que votre remarque se veut ironique...Sinon, comment l'auteur d'un tel propos pourrait avoir l'idée de fréquenter ce genre de site ?
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  • Photo de Christophe Bénéton

    25 février 2012, 22:02

    @Pierre ESTRATE 

    enfin un peu de hauteur sur ce site...
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  • Photo de Val Azul oui
    Val Azul parmi les autres

    26 février 2012, 10:52

    @Christophe Bénéton 

    Clichés, clichés! Croyez-vous réellement que c'est le cas? Le temps de préparations des cours, des évaluations, de la corrections, du suivi des élèves avec les parents et les autres professeurs et intervenants pédagogiques, dépassent de très loin vos affirmations! De plus, rien n'est jamais gagné d'avance!
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  • Photo de Pierre Boxberger
    Pierre Boxberger enseignant

    11 mars 2012, 00:06

    @Christophe Bénéton 

    A mon avis, Christophe Bénéton n'est pas prof... et il n'en a eu que de très mauvais.
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